Société

« On ne voit bien qu’avec le cœur… »

15/05/2019 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur « On ne voit bien qu’avec le cœur… »
« On ne voit bien qu’avec le cœur… »
Claude et sa femme quand ils étaient encore dans la rue

Aveugle, veuf et démuni, Claude Ngabonziza doit s’occuper, seul, de ses trois enfants, encore très petits. Emmanuelline, son épouse, vient de rendre l’âme. De Muyinga à Cibitoke, la preuve que l’amour triomphe de tout. A la rencontre de cette famille.

Un soleil de plomb frappe sur la colline Ruhagarika, province Cibitoke. Lundi 6 mai, il est 11h. Depuis la route Bujumbura-Cibitoke, il faut bifurquer à gauche, se frayer un chemin au milieu des pâturages pour enfin retrouver la maisonnette de Claude Ngabonziza.

Au premier abord, un grand calme. Aucune personne en vue aux alentours. La localité se résume à des maisonnettes abandonnées. Il faudra attendre une dizaine de minutes pour enfin entendre une personne réagir de l’intérieur.

Un jeune homme, la trentaine, d’une silhouette svelte, arrive doucement en tapotant les murs. Souriant, il n’hésite pas, malgré qu’il ne voie personne, à accueillir chaleureusement tout arrivant. Claude s’empresse à appeler ses trois enfants. Apparemment, recevoir des visiteurs est comme un miracle pour cette famille. Une fille et deux garçons âgés respectivement de 8, 4 et 2 ans, en vêtements sales, pieds nus, débarquent en courant.

Une maisonnette de trois pièces, aucun meuble, des tôles trouées, une natte à la place d’un matelas… C’est là où vit Claude et ses trois enfants. Sa femme est morte, il y a quelques mois. Il n’y avait qu’elle pour s’occuper de la famille. La fille aînée de 8 ans a dû arrêter l’école en 1ère année primaire. Elle doit non seulement jouer le rôle de maman pour ses petits frères, mais aussi aider son papa non-voyant à se déplacer.

Une  love story digne du « Titanic »

Claude Ngabonziza, originaire de la province Muyinga, et Emmanuelline Nduwimana, de Gitega, se rencontrent à l’école secondaire, il y a environ 20 ans. Adolescents, ils tombent amoureux l’un de l’autre. La fille jure à son copain de devenir son épouse après leurs études.

Claude perd la vue, par après. Il sera rejeté par sa famille. Son amoureuse ne songera jamais à le quitter. Elle décide plutôt d’abandonner l’école et de quitter sa famille pour aider son copain aveugle à mendier. Ils deviennent alors un couple de la rue, basés à Bujumbura. Ils vivront plusieurs années à tendre la main dans les rues de la capitale.

Avec une somme d’argent collectée grâce à des âmes charitables, le couple réussit à s’acheter un toit à Ruhagarika, province Cibitoke, en 2016. De leur union naîtra trois enfants. « Ma femme ne m’a jamais manqué de respect. C’était une épouse exceptionnelle», témoigne Claude, au bord des larmes.

Claude entouré par ses enfants

Un bon matin, il y a quelques mois, raconte Claude, sa dulcinée « s’est réveillée du rêve de la vie », laissant la famille dans le désespoir total. Claude souligne qu’elle souffrait d’hypertension, depuis plusieurs années. « Nous n’avons rien. Pas de terrain pour cultiver, aucune source de revenu ». Seul autre bien en sa possession : une autre maison à proximité. Grâce à son petit commerce de fruits et légumes, sa femme a pu construire une maison. « Mais elle est morte sans qu’elle soit achevée. Il n’y a plus personne pour s’en occuper ».

C’est sa belle-sœur, habitant dans la même localité, qui s’occupe de cette famille, tant bien que mal, en plus de ses sept enfants. Simple cultivatrice, elle peine à trouver de quoi nourrir deux familles, plus de 10 personnes. « Regarde-les, ils viennent de passer 18h sans rien mettre sous la dent », confie-t-elle, en montrant du doigt ses neveux qui somnolent.

Des âmes charitables…

Cette famille doit sa survie à Christine Ntahe alias « maman dimanche ». Fondatrice de l’association humanitaire Bon geste, elle affirme avoir connu ce couple en 2016, dans la rue.

Mme Ntahe parle, émue, d’une histoire d’amour exceptionnelle. « Une fille belle, intelligente, qui avait toutes les chances de finir ses études et de bien gagner sa vie. Mais elle a tout abandonné pour un homme qui n’avait rien… C’est du jamais vu. C’est comme dans un film ou un roman. »

Touchée par ce parcours, elle réussit à mobiliser une somme d’argent pour faire soigner la vue de Claude. Mais peine perdue. Les médecins parlent d’un cas impossible à soigner. Le couple décide de s’acheter une maisonnette à Ruhagarika grâce à cette somme de 600 mille BIF. D’après Maman dimanche, la famille gagnait bien sa vie jusqu’à ce qu’Emmanuelline rende son âme, laissant la famille dans la misère totale.

La branche de la Croix-Rouge à Cibitoke s’était rendue dans cette famille, lundi 6 mai, pour l’assister en vivres et autres : haricot, farine de maïs, riz, huile, couvertures, couverts de tables, moustiquaires, savons. Elle promet de plaider auprès des autres associations humanitaires pour la prise en charge totale des enfants.

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