Environnement

Interview exclusive :« Le sol du Burundi est essentiellement acide »

22/11/2019 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Interview exclusive :« Le sol du Burundi est essentiellement acide »
Interview exclusive :« Le sol du Burundi est essentiellement acide »

L’acidité du sol est un défi auquel fait face les pays intertropicaux dont le Burundi. Salvator Kaboneka, professeur à l’Université du Burundi, Faculté d’Agronomie et Bio-ingénierie revient sur les causes et les conséquences. Des solutions sont proposées. Rencontre.

Qu’est-ce que l’acidité du sol ?

Elle est mesurée par la concentration des ions (ion : une espèce chimique électriquement chargée qui a gagné ou perdu un ou plusieurs électrons) hydrogènes dans la solution du sol. Le potentiel d’hydrogène (pH) qui est la mesure de l’acidité du sol est en même temps un indicateur de la genèse et de la vieillesse du sol.

Dans un langage plus accessible, cela veut -dire ?

Généralement, un sol jeune, productif, a un pH autour de 7. La neutralité. Plus le sol vieillit, plus il s’acidifie.

Qu’en est-il des causes ?

Elles sont naturelles et anthropiques. La forte pluviométrie est la principale cause naturelle. Quand l’eau s’infiltre, elle emporte un certain nombre d’éléments en profondeur.

Lesquels principalement ?

Ce sont globalement des cations basiques : calcium (Ca) et magnésium (Mg). Or, les deux sont importants dans la gestion de l’acidité des sols. Pour un sol jeune, il y a un équilibre entre ces cations et l’aluminium (Al.)

Lors de l’infiltration (percolation) de l’eau dans le sol, elle laisse derrière l’aluminium. Et ce dernier augmente les ions H+ dans la solution. Un sol vieux est dépourvu de ces cations basiques.

Ensuite ?

Côté anthropique, citons l’érosion. En effet, l’eau de surface emporte aussi les cations basiques. Elle laisse aussi derrière l’aluminium. Conséquemment, le sol s’appauvrit, devient acide. La gestion des résidus des récoltes, la déforestation, les feux de brousse font partie des causes anthropiques.

Comment ?

Après la récolte, les agriculteurs emportent hors champ les résidus pour différents usages. Ils déplacent aussi ces cations basiques. Or, selon la loi de la restitution, ce qui n’est pas mangeable devrait être restitué au sol. On devrait laisser ces résidus se décomposer.

L’utilisation des engrais essentiellement ceux à base d’ammoniac en est la cause. Mais au Burundi, le problème d’acidification des sols par leur usage est potentiellement réel, mais en réalité, on n’y est pas encore.

Et quelle est la situation du Burundi ?

Excepté quelques coins de l’Imbo, son sol est pratiquement acide. Et au Burundi, les terres agricoles sont de 25 mille km2. En 1985, l’ISABU a estimé 10 mille Km2 de sol acide. Actuellement, la surface acide couvre à peu près 15 mille km2. Plus inquiétante, la situation continue à s’aggraver.

Et les conséquences ?

Elles sont dramatiques. L’acidité d’un sol est synonyme de sa vieillesse, son appauvrissement en éléments nécessaires à la croissance des plantes et la production agricole. Pour un sous-sol acide, tous les éléments tels azote (N), phosphore (P), potassium (K), calcium (Ca), magnésium (Mg), soufre (S) sont déficients. D’autres sont toxiques. Les micro-organismes les plus actifs (les bactéries) deviennent peu efficaces.

La décomposition en matière organique n’est plus possible. L’activité microbienne est ralentie. Or, pour produire, la plante a besoin d’éléments nutritifs.

En cas d’acidité, non seulement les éléments ne sont pas suffisants dans le sol, mais aussi l’aluminium est dominant. La croissance des racines sera limitée. S’il n’y a pas d’enracinement suffisant, la production est quantitativement suffisante.

Quid de la qualité de la production ?

Elle est affectée. Si une plante est installée sur un sol déficient en nutriments, la production devient aussi déficiente et sa valeur nutritive très faible. Bienvenue la malnutrition. Ce qui influe sur la santé des consommateurs. La production laitière en souffre aussi qualitativement.

La biodiversité est également affectée. Des espèces disparaissent, d’autres, moins productives et moins nutritives, apparaissent.

Existe-t-il des cultures qui s’adaptent et/ou tolérantes ?

Oui. Certaines plantes ont développé des mécanismes d’adaptation à l’acidité. Le thé par exemple est une plante inclusive. Elle absorbe l’aluminium, le neutralise dans les cellules des feuilles. C’est la séquestration. Les autres plantes exclusives le neutralisent en surface. Néanmoins, ces mécanismes limitent leur optimisation productive.

Le sorgho est un indicateur d’un bon sol et exige beaucoup de calcium et de magnésium. Le bananier est une plante fortement exportatrice de ces cautions basiques. Par contre, l’eragrostis sp (ishinge) est une plante indicative de l’acidité du sol et s’adapte aux conditions fortement acides.

Que faire pour corriger ?

Utilisation de la matière organique est une des méthodes de correction de l’acidité du sol. Il faut aussi la sélection des variétés tolérantes.
La meilleure méthode consiste à ramener ces cations basiques. Et ce, par une  approche biologique. Ce qui renvoie à l’agroforesterie. C’est-à-dire l’introduction des arbres dans les champs, le choix des arbres spécifiques pouvant être associés aux cultures.

Ce qui permet de remonter ces cations basiques à travers des arbres agro-forestiers avec un enracinement profond. Par leurs racines, ils absorbent le Ca et le Mg. Ainsi, le feuillage devient une concentration de ces éléments. Quand les feuilles tombent sur le sol, se décomposent, ils libèrent ces cations basiques. C’est ce qu’on appelle un chaulage biologique.

Il faut aussi un chaulage chimique comme une méthode complémentaire. Ce qui signifie l’utilisation des produits contenant le calcium, magnésium pour neutraliser l’aluminium.

Heureusement, le Burundi regorge de 600 millions de tonnes de gisements de chaux à usage agricole. Le gros se trouve à Rutana. C’est un potentiel qui n’est pas suffisamment exploité.

Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze

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