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Imbroglio autour de la réhabilitation du marché de Kanyosha

12/08/2020 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Imbroglio autour de la réhabilitation du marché de Kanyosha
Imbroglio autour de la réhabilitation du marché de Kanyosha
Seuls quelques tubes sont visibles à l'intérieur du marché de Kanyosha.

Au point mort depuis deux ans, la réhabilitation du marché de Kanyosha reste problématique. Les commerçants sont fâchés. Un retard dû au manque de paiement de la part de ces commerçants, explique l’Alubuco, la société qui devait s’assurer des constructions. Reportage.

Des toitures en rouge bordeau à l’intérieur d’une grande clôture en briques cuites attirent l’attention. Du dehors, le marché de Kanyosha donne l’impression d’un marché moderne à l’instar des 6 autres réhabilités en 2017.

A l’intérieur, quelques tubes visibles, aucun kiosque en bonne et due forme. « Grave », résume David Ndayisenga, le commissaire du marché. «799 kiosques métalliques devaient être construits».

Trois jeunes manœuvres de l’Alubuco s’activent à faire de la soudure pour les tablettes des hangars. « Ce n’est pas l’essentiel aujourd’hui, il faut au moins quelques kiosques pour que le marché puisse ouvrir les portes », observe David Ndayisenga. « Il convenait de terminer cette tâche, car nous en étions presque à la fin », justifie Arthémon Niyungeko, directeur général de l’Alubuco.

Dans ce périmètre cimenté, à travers les tubes, F.M. s’avance et s’arrête de temps à autre pour ajuster ses grosses lunettes. Il semble plongé dans une profonde méditation. Ce sexagénaire, tenancier d’une boutique près du marché, ne voit plus l’intérêt de rester dedans. Pourquoi avez-vous fermé monsieur ? « Ça dépasse l’entendement !», s’exclame-t-il.

C’était fin 2017, François s’en souvient, il avait versé 400 mille BIF au profit d’une société qui devait lui construire une échoppe au marché moderne de Kanyosha. Il nourrissait alors des espoirs : «Je me disais que mon commerce allait désormais devenir florissant. » Sauf qu’il a vite déchanté. «Après le paiement de cette avance, j’ai vu les travaux s’arrêter soudainement ». Plus de deux cents commerçants, selon les témoignages, venaient de s’acquitter du montant convenu avec la société et la mairie de Bujumbura. «Qu’est-ce qu’ils ont fait de notre argent ?», se demande ce boutiquier.

Selon le commissaire du marché de Kanyosha, en attendant sa réhabilitation, certains commerçants ont dû migrer vers d’autres marchés, d’autres sont éparpillés ici et là dans les quartiers. Et la plupart ont été délocalisés dans un semblant de marché derrière ce marché dont la réhabilitation est au point mort.

Délocalisés… vers une misère

Deux rangées parallèles au bord nord du marché. Une autre, le long d’une route à l’est. Des produits sur des étals en planches, d’autres sur une terre battue, des articles étalés par terre. De la poussière monte entre les rangées, et, par endroits, du gravier. Des clients ? Au compte-gouttes. Pourquoi ? « Quel client viendrait dans cette poussière ? », réplique Gad Minani, président du comité des commerçants, avant d’enchaîner : « Nous n’avons plus de produits à mettre sur le marché. »

Selon le chef du comité des commerçants du marché de Kanyosha, l’emplacement où ils ont été délocalisés n’est pas favorable aux clients.

Dans sa quincaillerie, Gad Minani peut passer trois jours sans aucun client. « Difficile d’abandonner mon commerce, sinon, j’aurais fermé depuis belle lurette ». Cet après-midi, Gad Minani parle, désespéré, sans aucune attente de changement : « Alubuco nous a expliqué que les travaux se sont arrêtés, suite au manque de paiement de la part des commerçants. Pourtant, nous avions déjà versé près de 100 millions de BIF».

Le commissaire David Ndayisenga fait état d’environ 200 commerçants qui ont déjà payé le montant requis en 2018 sur un effectif de 799 kiosques. Pour lui, il faudrait construire ces kiosques pour lesquels l’argent a été payé. «Le reste sera construit par après. C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans les autres marchés et le contrat était le même».

Impossible, soutient Gad Minani, que les commerçants continuent à déposer leurs frais dans une société qui a suspendu les travaux. «Par ailleurs, comment se fait-il que des gens s’engagent à construire des marchés quand ils ne disposent pas de capitaux ?»

« Le contrat n’a pas de portée individuelle »

Devant son petit kiosque vestimentaire – une vingtaine de robes en pagne au maximum -, une femme a le nez dans son téléphone, depuis un bon moment.
Christiane Kubegusa époussette un tabouret avant de nous appeler à nous asseoir. « Je ne parviendrai pas à expliquer ma situation. Je me demande pourquoi je reste là ». Cette femme fixe l’intérieur de son kiosque et confie, au bord des larmes : «Vous voyez ce qui me retiens ? Avant la fameuse réhabilitation, j’avais le plus du quintuple.» Une voix grave d’un homme, derrière, ajoute : « Oui, elle a vraiment perdu. C’est d’ailleurs tout le cas pour tout le monde ici.»

Mme Kubegusa estime que la société aurait pu construire certains kiosques pour le compte de ceux qui avaient donné tout le montant demandé. « On ne peut demander à un individu une somme d’argent et ne pas, en contrepartie, honorer ses engagements». Et de poursuivre : «Je suis sûre que même si on avait construit deux kiosques, le reste aurait payé sans tarder.»

« Cela ne se fait pas comme ça », rétorque le directeur général de l’Alubuco. Le contrat n’est pas d’ordre individuel, explique-t-il, il est plutôt collectif. Arthémon Niyungeko souligne que le marché de Kanyosha revêt un caractère particulier. L’effectif de ceux qui ont donné leur avance à Kanyosha est si petit qu’il est impossible de poursuivre les travaux de construction. « Seulement 186 commerçants ont donné l’avance de 400 mille BIF et 7 ont payé la totalité 690 mille BIF exigés. Sur les 799, plus de 600 n’ont donc rien donné jusqu’à maintenant». Il indique que cela fait un montant pay�� de 83, 111 millions de BIF contre un reste de plus de 560 millions. « Vous comprenez qu’il était impossible de poursuivre le chantier ».

Dans d’autres marchés, argumente Niyungeko, la situation se trouvait être inverse : « A Kinama, par exemple, sur un total de 1224 commerçants, 1108 avaient payé les frais, dont 895 en totalité.» L’Alubuco attend, confie son directeur général, la « décision de la mairie de Bujumbura pour pouvoir poursuivre ou non les constructions». La compensation, après inventaire des constructions déjà faites, étant aussi envisageable, le cas échéant. «En tout cas, on ne peut pas continuer à investir de l’argent dont on ne voit pas le recouvrement ».

Le conseiller principal du maire de la ville de Bujumbura a promis de s’exprimer ultérieurement. Dans l’entre-temps, suite au retard de la réhabilitation du marché de Kanyosha, la mairie perd mensuellement autour de 3 millions de BIF, d’après le commissaire dudit marché.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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