Politique

Du passé composé au futur simple : Missionnaires et colonisateurs, des alliés ?

18/03/2020 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple : Missionnaires et colonisateurs, des alliés ?
Du passé composé au futur simple : Missionnaires et colonisateurs, des alliés ?
Vue partielle des participants au débat de Gitega

Les missionnaires et les colonisateurs se sont succédé dans leur arrivée au Burundi. Des collaborateurs pour les uns, des non-alliés pour les autres. Les jeunes de Gitega débattent.

« Les missionnaires sont arrivés au Burundi au 19e siècle. Ils étaient venus préparer le terrain aux colonisateurs », tranche Ferdinand Ntisumbwa, enseignant de Gitega. Invité dans un débat autour du thème : « Pourquoi et comment les religions étrangères ont remplacé la religion burundaise ? », il signale que les premières missions catholiques ont été installées dans les régions, les zones où la religion traditionnelle (le culte de Kubandwa) était très pratiquée. Ce que confirme Jordin Irankunda, un autre jeune de Gitega. Il ne doute pas qu’ils avaient la mission de détruire la religion ancestrale. « Ils la qualifiaient de barbare. Ils disaient que les Burundais ne connaissaient pas Dieu, que leurs pratiques étaient païennes».

Or, nuance Ildefonse Sindarubazwa, Imana (Dieu) avait une place importante dans la vie des Burundais. Ce qui transparaît dans les noms, les proverbes (Imanga ntimarira Imana, NyenImana avumbikisha irenga), les pratiques quotidiennes. « Un Dieu créateur, protecteur, etc », croyaient-ils. Par exemple, les mères laissaient un petit trou aux berceaux (en peau de chèvre ou de mouton). Elles étaient persuadées que c’est à travers cette ‘’vitrine’’ que Dieu veillait sur l’enfant. Une pratique observée même sur les maisons pour permettre à Dieu de veiller, de protéger les occupants. Pendant la nuit, poursuit-il, les Burundais ne pouvaient pas dormir dans une maison sans eau. « Imana yohava ihonyora mu ziko », disait-on.

Et Jean-Marie Bigirimana, un autre jeune, d’ajouter que même la devise monarchique mettait Dieu en avant : « Imana, Umwami (Roi) et Uburundi (Burundi).»

De son côté, Marius Nshimirimana affirme que les missionnaires n’ont rien amené de nouveau concernant la croyance en Dieu. « Ils avaient un agenda caché. Celui de préparer le terrain aux colonisateurs».

Des enquêteurs, des précurseurs de la colonisation

« Les missionnaires étaient des enquêteurs. Ils étaient là pour étudier le terrain, se renseigner sur les coutumes, les mœurs des Africains afin de prévenir les colonisateurs », analyse Prosper Shurweryimana, un autre invité au débat. Prosper Ngabire abonde dans le même sens : « Avec la pénitence, les missionnaires vont récolter des informations, se renseigner sur les comportements des Burundais, etc. Toutes ces données sont par après mentionnées dans les ‘’diaires’’, des sortes de rapports très consultés par les colonisateurs. » Des informations utiles pour élaborer des stratégies de pénétration. Ce jeune trouve aussi qu’avec les huit Béatitudes, les missionnaires vont parvenir à rendre dociles les Burundais, à les préparer à l’accueil pacifique des colonisateurs.

Une idée qui ne convainc pas totalement Audace Ndayizeye : « Il ne faut pas généraliser. Parmi les missionnaires, certains ont bien joué un rôle d’évangélisation, ont construit des centres de santé, des écoles, etc. » Idem pour Ange Niyonzima qui ajoute que les missionnaires ne sont pas à confondre avec les colonisateurs. Pour elle, même leurs pratiques étaient différentes.

Pour Patient Carmel, au départ, pas de collaboration entre les deux. « Mais comme ils vont se rencontrer en terre étrangère, ils vont établir des relations pour survivre». Un autre participant doute du fait que la pénitence servait à chercher des informations. « Est-ce une pratique seulement appliquée dans les colonies ou était-elle aussi appliquée en Europe ? », s’interroge-t-il.

D’abord gagner la confiance des chefs

L’installation des missionnaires au Burundi ne va pas être facile et sans heurts, confie Ferdinand Ntisumbwa. Très attachés au roi, à leur religion ancestrale, les Burundais vont résister. Par exemple, deux Pères Blancs, Deniaud et Dromaux, seront tués. Il fait allusion à la première tentative d’installation à Rumonge en 1879.

D’après lui, c’est plus tard, en 1899, que la première mission de Muyaga sera établie, à l’Est du pays, commune et province Cankuzo actuelles. Puis vont suivre celles de Buhonga (1902), Kanyinya (1905), Rugari (1909) et Buhoro (1912). Les missionnaires vont alors adopter certaines stratégies. D’abord, explique Patient Carmel, un jeune étudiant, ils vont baptiser les chefs. « En gagnant leur confiance, leurs sujets suivront.» Ensuite des actions sociales vont être exécutées comme soigner les gens, enseigner, donner des cadeaux, du travail, etc. « Ce qui va leur attirer la sympathie des gens».

Eclairage

Eric Ndayisaba

« Je ne pense pas que les missionnaires ont été envoyés par Léopold II. Les Pères Blancs étaient sous les ordres du cardinal Lavigerie », éclaire Eric Ndayisaba, historien. Selon lui, certaines informations disent que ce cardinal avait conclu un accord avec les colonisateurs, mais il n’y a pas de preuves réelles. Pour lui, leurs objectifs n’étaient pas les mêmes. Dans certains cas, leurs relations seront tendues, chacun voulant exploiter la main d’œuvre locale à son compte.

L’historien signale que les missionnaires n’ont pas apprécié que des Burundais migrent vers les colonies britanniques pour fuir l’impôt. Il affirme que la collaboration n’a pas toujours été bonne entre les missionnaires et les colonisateurs.

Pour pouvoir s’installer au Burundi, il affirme que les missionnaires vont payer leur tribut. Des morts seront enregistrés parmi eux. Pour lui, leur but était d’évangéliser les Burundais qualifiés de païens, tandis que les colonisateurs visaient l’occupation de l’Afrique. M.Ndayisaba rejette l’idée que les missionnaires avaient des armes. « Sinon, ils n’auraient pas perdu deux des leurs à Rumonge».

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