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Du passé composé au futur simple : la date fatidique du 13 octobre 1961

12/10/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple : la date fatidique du 13 octobre 1961
Du passé composé au futur simple : la date fatidique du 13 octobre 1961
Après le coup de feu de Kageorgis, Rwagasore s’effondre sur la table

Demain, le 13 octobre 2020, le Burundi va commémorer le 59e anniversaire de l’assassinat du prince Louis Rwagasore. A travers les aveux de l’assassin et de ses complices et les archives, l’écrivain Guy Poppe retrace, dans son livre L’assassinat de Rwagasore, le Lumumba burundais, le complot contre le héros de l’Indépendance et l’enquête de l’administration belge.

« Jean, le moment est venu, tire sur lui, nous sommes tous ensemble. » C’est la voix d’Antoine Nahimana, accroupi près du tireur grec, Jean Kageorgis, derrière un buisson, à une dizaine de mètres de la terrasse du bar Tanganyika. Nous sommes vendredi 13 octobre 1961 à 23 heures moins le quart. Avec son fusil 9,3 mm, le grec vise un homme assis sur une table de la barza en compagnie d’autres personnes. Il tire un seul coup, bien ajusté. La victime n’est pas n’importe qui. C’est le prince Louis Rwagasore, le fils du roi du Burundi, Mwambutsa Bangiricenge. Le 28 septembre 1961, il avait prêté serment comme Premier ministre.

Jean Kageorgis et Antoine Nahimana s’enfuient après le coup de fusil. Ils s’engouffrent dans un break qui les attend à quelques mètres plus loin. Henri Ntakiyica est au volant, son frère ainé Jean se trouve également dans la voiture. « Ils se dirigent vers la route asphaltée qui relie Usumbura à Astrida. Ils ont l’intention de se rendre à Kayanza. Mais en cours de route, ils tombent en panne. »

Ils n’ont plus d’essence. Quelques minutes plus tard passe une voiture en route pour Usumbura. Jean Kageorgis demande au chauffeur de l’emmener. Il monte en voiture et ses trois compagnons restent près du break. « L’homme au volant s’avère être le Mwami. A ce moment, il ignore que l’homme qu’il emmène vient d’abattre son fils. Arrivé en ville, le Mwami dépose Kageorgis au restaurant Athénée. Celui – ci y rencontre Jean Baptiste Ntidendereza, son neveu Jean Kigoma et Pascal Bigirindavyi. » Les quatre hommes montent dans la Mercedes de Ntidendereza, prennent de l’essence à une station-service et se dirigent vers Astrida pour ravitailler la voiture en panne. Kageorgis raconte qu’il ignorait s’il avait touché Rwagasore. Il est descendu sur Usumbura dans la Mercedes avant de rentrer chez lui.

Le lundi 16 octobre 1961, à 5 h 15 du matin, la police est à la porte du grec pour l’arrêter. « Son coup de fusil a bel et bien atteint le but. La balle a touché Rwagasore sous le nœud de la cravate. Sa tête est tombée sur la table, la cigarette brûlante entre les lèvres. Il est mort sur le coup. »

La préparation de l’assassinat d’après Jean Kageorgis

Au cours du premier interrogatoire, Jean Kageorgis avait nié les faits. Coincé, il se met à table après confrontation avec les aveux de ses comparses.
Vers 19 h, ce 13 octobre, raconte Guy Poppe, l’assassin rencontre quelques Burundais au domicile de Joseph Birori dont Antoine Nahimana, Jean Ntakiyica et quelques autres. Jean Baptiste Ntidendereza est aussi présent. Kageorgis parle surtout avec ce dernier. « Le sujet de la conversation est la présence de Rwagasore à Bujumbura ce soir-là. Kageorgis est prêt à faire une tentative. »

Avec Nahimana, Jean Ntakiyica et son frère Henri, ils font un tour en ville et tombent sur l’escorte de Rwagasore qui sort d’une réunion avec ses ministres et la suivent jusqu’au bar Tanganyika. « Lorsqu’ils arrivent sur place, Kageorgis entre seul, boit un whisky sec au comptoir, achète un paquet de cigarettes et vérifie si Rwagasore est bien présent. Il reste moins de dix minutes. Il repart de suite chez lui, prend son fusil, un Mauser calibre 9.3, et se rend chez Ntakiyica. » Tous les quatre retournent au bar Tanganyika. Jean et Henri restent dans la voiture sur la piste derrière le bar. A 22 h30, Kageorgis et Nahimana s’installent derrière le buisson pour exécuter la sale besogne.

L’enquête

Le sergent Adolf Ziegler, membre du détachement Ordonnance de l’armée belge, est pris dans les feux d’un véhicule vers 23 h 30 min en se promenant comme à ses habitudes sur les bords du Lac Tanganyika. Cette voiture était stationnée en face du Lac Tanganyika, sur le chemin en terre. Selon lui, il y avait deux jeunes hommes tout près de la voiture. « Ils s’affairaient sur le moteur, mais j’avais vraiment l’impression qu’ils faisaient semblant ». Ce qui lui a semblé louche. Quelques minutes après, il a entendu un coup de feu, un seul. « J’ai immédiatement, en courant, pris le chemin du véhicule et j’ai juste eu le temps de le voir s’éloigner, comme dans un éclair (…). C’était un départ très nerveux. »

En apprenant le témoignage de Ziegler, Pascal Bubiriza, membre du parquet de Bujumbura, s’écria tout haut : « Dans ces conditions, je connais les assassins. » Il avait remarqué, la veille, un break garé devant la maison de Jean Ntakiyica. Ce dernier était en ce moment chez lui en compagnie de son frère Henri ainsi qu’Emmanuel Nsabimana, bourgmestre de Mukenke dans le district de Muyinga et un certain Kaja.

Les gens se recueillent sur la tombe de Rwagasore.

Une chasse à l’homme commence dans tout le pays. Même un hélicoptère est utilisé pour se rendre au nord du pays. « (…) Le substitut Everaert et ses collaborateurs reçoivent un message radio selon lequel la Ford a été signalée à Kirundo près de la frontière du Rwanda. Tout de suite, des inspecteurs s’envolent en hélicoptère. Lorsqu’ils sont au – dessus de Kirundo, ils voient la Ford, garée dans le centre commercial de la ville. » Ils atterrissent sur une colline à quelque cent mètres de là et se précipitent vers le break. Mais ils sont à peine arrivés à mi-chemin lorsque le véhicule se met en mouvement. Immédiatement, les inspecteurs lâchent deux salves de mitraillette. L’un d’eux saute dans une camionnette et réussit à coincer la Ford dans une impasse. A bord se trouvent Henri Ntakiyica et Kaja.

Les témoins confient aux inspecteurs que le troisième suspect, Emmanuel Nsabimana, a quitté Kirundo, une demi-heure plus tôt en direction de Mukenke avec Birori et Ntidendereza. En hélicoptère, les inspecteurs entreprennent la poursuite de la Mercedes, Ils l’aperçoivent en cours de route, mais sont dans l’impossibilité d’atterrir à cet endroit. Ils continuent donc jusqu’à Mukenke, où ils attendent la voiture sur la place du marché. Des fouilles perquisitions sont effectuées chez Emmanuel Nsabimana. Par après, les enquêteurs se rendront chez Ntidendereza. Ce dernier sera arrêté ainsi que Joseph Birori et Antoine Nahimana. Certains comploteurs, y compris Kageorgis, avoueront le crime avant de se rétracter. A suivre….

Who is who ?

Pascal Bigirindavyi, 26 ans, administrateur d’une coopérative, habite Muruta, dans la province de Kayanza.

Birori Joseph, 32 ans, fils de Pierre Baranyanka. Fondateur du PDC, (Parti Démocrate – Chrétien). Descendant du Mwami Ntare IV Rugamba du clan Batare.

Jean Kageorgis, Grec, 30 ans, employé au magasin La Mascotte, à Bujumbura. Né à Ruhengeri au Rwanda. Inscrit à Bujumbura depuis 1955.

Antoine Nahimana, 41 ans, bourgmestre de Muruta, dans la province de Kayanza.

Henri Ntakiyica +/- 28 ans, frère de Jean – Baptiste. Beau – frère de Pierre Baranyanka. Descendant du Mwami Ntare IV Rugamba et appartient à ce titre au clan Batare.

Jean-Baptiste Ntakiyica, 30 ans, souvent appelé Jean, frère de Henri. Secrétaire d’Etat aux Affaires intérieures du gouvernement Cimpaye. Beau – frère de Pierre Baranyanka. Descendant du Mwami Ntare IV Rugamba et est à ce titre membre du clan Batare.

Jean-Baptiste Ntidendereza communément appelé Jean, fils de Pierre Baranyanka et frère de Birori. Leader du PDC, personnage-clé du Front Commun. Un des principaux adversaires politiques de Rwagasore. Descendant du Mwami Ntare IV Rugamba et du clan Batare.

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