Société

Busoni : Le spectre d’une famine plane toujours

08/07/2019 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Busoni : Le spectre d’une famine plane toujours
Busoni : Le spectre d’une famine plane toujours
Godelieve Rwasa, avec une faux à la main, dans son champ pendant la récolte.

Les habitants des collines Gatare et Nyagisozi de la commune Busoni en province Kirundo craignent d’être de nouveau frappés par la famine. Ils déplorent une mauvaise production. Le directeur du BPAE nuance.

Lundi 1er juillet. Sur le chemin vers les collines Gatare et Nyagisozi passant par le chef-lieu de la commune, la quantité des récoltes étalées sous le soleil laisse penser à une production n’ayant pas été bonne. Dans des propriétés, de part et d’autre, la présence du sorgho prédomine.

Dans le marais de Murembuzi jouxtant cette piste, la récolte du riz est en cours, par-ci et par-là. Deux sacs, trois sacs… à moitié pleins sont entassés à certains endroits au bord de cette voie.

La réalité n’est certes pas celle d’il y a trois mois, quatre mois. La famine poussait alors des gens à fuir vers d’autres contrées du pays à la recherche du travail pour survivre.

Toutes les personnes rencontrées dans les deux collines témoignent qu’elles ont aujourd’hui de quoi mettre sous la dent. Certaines affirment manger deux fois par jour et à satiété.

Cette situation a encouragé un bon nombre de ceux qui avaient fui à retourner au bercail, indique Godelieve Rwasa, une cultivatrice de 40 ans, croisée sur la colline Gatare en pleine récolte de sorgho avec deux jeunes filles.

Une faux à la main, désespérée pour son avenir proche, elle assure avoir semé trois fois : «La première et la deuxième fois, les semences n’ont pas poussé en raison du manque de pluie.»

Mme Rwasa parle tout de même d’un léger mieux par rapport aux mois antérieurs. Le prix d’une petite casserole pleine de haricot, unité de mesure équivalent selon elle à un kg, a chuté. Il a passé de 1200 BIF, en février dernier, à 900 BIF. Cependant, précise-t-elle, le prix de cette même quantité baissait normalement en cette période jusqu’à 500 BIF.

Elle s’inquiète quant à la disponibilité des provisions à partir de septembre : «Ce sera une période de vaches maigres très difficile à gérer d’autant plus que le mois de septembre correspondra au retour des enfants à l’école.» Elle compte beaucoup plus sur son fils, Egide Habimana, parti à Bushubi, en Tanzanie, depuis deux mois pour travailler.

Le désespoir de mise

Devant la maison de Nadège, une partie de sa récolte de sorgho dont elle n’est pas du tout fière.

Nadège Uwimana, 33 ans, craint aussi que la famine ne les frappe de nouveau. «En juillet, nous étions habitués à manger du manioc mais, cette année-ci, tous les champs ne vont apparemment rien donner », explique-t-elle en montrant le champ en face de chez elle, avec d’étroites boutures.

Cette mère de 4 enfants n’en revient pas. Sa production de haricot a considérablement baissé : «Sur ma propriété qui m’avait donné 1,2 tonnes, il y a deux ans, je n’ai eu que 300 kg. »

Sur la colline Nyagisozi, le constat est le même. Des gens sont tourmentés par la possibilité d’une famine. Shabani Ndizeye, habitant de cette localité, fait remarquer que les cultivateurs dont les champs sont dans le marais ont une bonne production. «Mais, ceux-ci ne sont pas nombreux et ce n’est pas pour toutes les cultures, mais plutôt pour le riz». Il demande aux autorités d’intervenir pour trouver une solution une fois pour toute.

A long terme, Shabani Ndizeye met l’accent sur l’aménagement d’autres marais sur ces deux collines. Mais, souligne-t-il, dans les plus brefs délais, d’autres communes de la province Kirundo et celles des autres provinces devraient manifester leur solidarité.
Cela est d’autant plus nécessaire, explique-t-il, dans la mesure où l’administration tarde à distribuer des semences de maïs. «Elle a instauré une mesure interdisant d’autres cultures que le maïs dans le marais pendant cette période d’été».

Pour Louis Miburo, rencontré en provenance du champ, le terrain dont la production était jusque-là de 40 kg n’a produit que 8 kg. «Et comme nous avons partagé avec mon maître, chacun en a eu 4». Comme justification de la mauvaise récolte, il fait remarquer qu’il n’y a même pas de gousses de haricot.

«Seul le haricot fait l’exception»

Malgré la mauvaise récolte sur les deux collines, les cultures dans les marais sont verdoyantes.

Léonidas Rivuzimana, directeur du bureau provincial de l’Agriculture et de l’Elevage (BPAE), nuance. A part le haricot dont la récolte n’a pas été «très bonne», la production a été généralement satisfaisante dans la commune Busoni. Il évoque particulièrement le riz dont la récolte est « très satisfaisante ».

Néanmoins, Léonidas Rivuzimana reconnaît que la pluie est tombée tardivement. Et que cela a entraîné des récoltes insuffisantes dans certaines localités.

Au sujet d’une éventuelle famine, il tranquillise. 200 ha du marais de Murembuzi s’étendant sur les collines Gatare et Nyagisozi ont été prévus pour les cultures de maïs, de patates douces et de riz. 1800 arrosoirs ont été distribués à la population en vue de cultiver, même pendant l’été. L’administration leur donnera aussi les semences, l’engrais chimique. «Il leur est demandé seulement du fumier. S’ils n’en ont pas encore, c’est leur faute. Ils n’ont pas encore labouré». Et aussitôt de démentir l’information faisant état de l’interdiction d’autres cultures que le maïs. Il défend tout de même que cette dernière résiste à la famine.

Sous couvert d’anonymat, un agronome ressortissant de cette commune rappelle que la culture spécifique pour cette région est le haricot. Ainsi, si la récolte de cette culture n’est pas bonne, il est légitime que la population craigne la reprise de la famine.

Quant à la récolte pour la culture du riz qui a été abondante, il tient à souligner que le riz reste jusqu’ici accessible aux populations plus ou moins aisées.

Quant au ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, il assure aussi que la saison culturale B de cette année a été caractérisée par une bonne production des cultures vivrières et saisonnières. Entre autres raisons de cette augmentation, la valorisation des marais et l’utilisation des engrais chimiques subventionnés.

Le ministre appelle les agriculteurs à faire preuve de responsabilité : «Même si la production est bonne, il ne faut pas gaspiller les récoltes. Les agriculteurs doivent plutôt bien conserver leur production dans des hangars communautaires afin de faire face à l’insécurité alimentaire liée notamment aux perturbations climatiques.»

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