Culture

Au coin du feu avec Mgr Antoine Madaraga

09/05/2020 Alain Majesté Barenga Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Mgr Antoine Madaraga
Au coin du feu avec Mgr Antoine Madaraga

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Antoine Madaraga.

Votre qualité principale ?

La modération, la recherche de l’équité et de la justice, la recherche de la bonne entente.

Votre défaut principal ?

Je suis un peu naïf. Parfois, je fais trop confiance aux gens.

La qualité que vous préférez chez les autres?

La sincérité dans les rapports, le souci de l’autre, la non-violence.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

La violence, la médisance, l’égoïsme, les gens qui travestissent la vérité.

La femme que vous admirez le plus ?

Le type de femmes prêtes à se sacrifier pour l’honneur de leurs familles. Le genre de femmes qui parlent peu, qui ont de bons rapports avec leurs voisins.

L’homme que vous admirez le plus ?

Un homme discret qui prend des initiatives constructrices pour sa famille et la société.

Votre plus beau souvenir ?

Le 14 juillet 1979, jour de mon ordination sacerdotale. J’ai senti que je suis aimé par Dieu et bien accueilli comme prêtre au service du peuple.

Votre plus triste souvenir ?

La perte de mes deux frères et ma sœur en 1981. Ils ont été empoisonnés pour finalement mourir le 3 et 5 juin. Aussi, je garde un amer souvenir des atrocités de 1972. J’ai vu mourir des pères à cause de leur ethnie. A cette époque, je ne connaissais pas encore la mienne. J’ai commencé à être étiqueté après la mort de mon père.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Trahir mes idéaux et ne plus vivre comme un prêtre du Seigneur.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

L’indépendance du Burundi.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Toujours l’indépendance du Burundi, malgré les hauts et les bas que nous connaissons.

La plus terrible ?

Le 21 octobre : l’assassinat du président Ndadaye  dont les conséquences restent vivaces.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Je suis bien dans ma peau en tant que prêtre du Seigneur.

Votre passe-temps préféré ?

La prière.

Votre plat préféré ?

C’est variable. J’aime tout ce qui est léger. Mais faut-il que cela soit aussi complet.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Il y en a deux : Ngozi où j’ai le plus vécu. Et Buta, mon 1er lieu d’affectation en tant que prêtre burundais. J’ai remplacé un père blanc. Il était recteur de ce petit séminaire.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Revisiter l’Europe, particulièrement les pays où j’ai parfait mes études.

Votre rêve de bonheur ?

Vivre décemment jusqu’à la fin de ma vie.

Votre chanson préférée ?

Toutes les chansons d’action de grâce, particulièrement celle-ci : « Oya ntayindi Mana je nzotambira. »

Quelle radio écoutez- vous ?

Pour avoir une information riche et diversifiée, j’en écoute plusieurs.

Avez-vous une devise ?

« Je t’appartiens Seigneur, dispose-moi selon ta volonté ».

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

J’étais le président du Groupe d’Observateurs Indépendants(GOI). Il était composé par des personnalités d’origines diverses (société civile, confessions, des étrangers, etc). Investi de ce rôle, j’ai eu le privilège d’annoncer aux Burundais les résultats des élections.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est quand une nation est responsable de sa propre destinée. Certes, les pressions tant intérieures qu’extérieures ne manquent pas. Pour moi, c’est un passage obligé qui révèle le degré de maturité de ses hommes.

Votre définition de la démocratie ?

Equité dans le partage de la chose publique, transparence dans sa gestion.

Votre définition de la justice ?

L’égalité de tous devant la loi.

Comme ancien membre de la CVR, croyez-vous que la commission actuelle fait correctement son travail ?

L’objectif de la CVR est la réconciliation. Si la vérité actuelle conduit à la réconciliation, la mission de la CVR aura réussi. Il faut pour cela que la commission actuelle s’auto-évalue en vue de bien poursuivre les missions lui assignées par la loi. Dans tous les cas, l’unité de la société burundaise dans sa diversité ethnique doit être et rester l’objectif fondamental de la CVR.

Si vous redeveniez jeune fraîchement sorti du petit séminaire, orienteriez-vous votre vie dans la prêtrise ?

Sans hésitation, oui !

Si vous deveniez conseiller du Pape, quelles seraient vos deux propositions au sujet de la pédophilie ?

Je trouve qu’il faut briser le silence pour éradiquer ce mal qui gangrène la société. Pour ce faire, je juge utiles des séances de formation et d’information ouvertes à l’endroit des grands séminaristes et des prêtres.

Pensez-vous que l’Eglise catholique aura un pape noir ?

Je le souhaite et je pense que cela arrivera un jour.

Pensez-vous que l’Eglise pourra autoriser un jour le mariage des prêtres ?

Depuis sa croissance, l’Eglise a intégré le célibat sacerdotal comme discipline. L’esprit qui guidait les apôtres en ce moment est toujours présent, à l’œuvre. Si tel est le cas, pourquoi ne pas laisser cet esprit continuer à guider les apôtres actuels.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Absolument.

Pensez-vous à la mort ?

Que j’y pense pas ou non, elle finit par venir. Tout ce que je désire, c’est une mort digne et sainte.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Comme l’a si bien dit le Seigneur, je dirais : « Reçois mon esprit ».

Propos recueillis par Alain-Majesté Barenga

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Bio express

Ancien vicaire du diocèse de Ngozi (1989-2014), Mgr Antoine Madaraga est né en 1953 à Masana, dans la commune Muhanga de la province Kayanza. Ancien recteur du Buta (1983-1986), grâce à son sens du dialogue, il a participé à plusieurs commissions nationales. Tour à tour, membre de la commission chargée d’élaborer la charte de l’Unité nationale (1992), président du GOI (Groupe d’observateurs Indépendants), lors des élections de 1993. Mgr Madaraga est l’un des émissaires choisis par la Conférence des Evêques(CECAB) en 2008 pour négocier le retour au bercail des rebelles des FNL. Membre de la CVR (2014-2018), il est aujourd’hui curé de la paroisse universitaire de Ngozi. Il est aussi président du conseil d’administration de l’Université de Ngozi, dont il est un des membres fondateurs.

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