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Au Coin du feu avec Christian Nibasumba

17/10/2020 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Au Coin du feu avec Christian Nibasumba
Au Coin du feu avec Christian Nibasumba

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Christian Nibasumba.

Votre qualité principale ?

Je suis une personne organisée, méticuleuse, qui réfléchit et analyse beaucoup. J’aime tout planifier à l’avance quitte à structurer différents éventualités ou scenarii.

Votre défaut principal ?

De par mon attachement aux résultats, je peux parfois paraître impatient, mais j’y travaille. (rires !)

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La résilience. Cette capacité de résister, de continuer à avancer malgré les défis. J’ajouterai aussi l’intégrité et la confiance en soi.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Je supporte difficilement les personnes, qui par mauvaise foi, ont plusieurs facettes, insaisissables par moment et adeptes de mensonges.

La femme que vous admirez le plus ?

Michelle Obama. Ne dit-on pas que derrière chaque grand homme, il y a une grande femme. Je trouve qu’elle ne s’est pas contentée d’être une traditionnelle « First Lady ». Elle a été une conseillère et une confidente pour son époux président. Une mère tant attentionnée que stricte envers ses deux filles, une icône pour la promotion des femmes et la non-violence, bref je trouve qu’elle gère bien ses plusieurs casquettes.

L’homme que vous admirez le plus ?

Lee Kuan Yew, l’ancien 1er ministre du Singapour (celui qui a permis le décollage économique du pays). J’ai toujours été impressionné par cet homme (paix à son âme). En moins d’une génération, sous son leadership, Singapour est passé du statut de pays sous-développé et corrompu au statut de géant économique international.

Votre plus beau souvenir ?

La naissance de ma 1ère fille. C’était un 23 septembre 2014, le jour où je fus promu au plus grand poste, celui de « Papa ». Difficile de vous décrire la joie et l’émotion ressentie en la prenant dans mes bras, ce jour –là.

Votre plus triste souvenir ?

L’année dernière, en vacances avec ma famille, j’ai fini sur un lit d’hôpital. Par suite d’un malaise soudain, les docteurs m’informent que dois être opéré manu militari. L’opération était certes bénigne, mais, tout a basculé en un court de temps. Dieu Merci, je suis en pleine forme maintenant.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Mon plus grand malheur serait éventuellement de « passer de l’autre côté de la pièce » avec ce sentiment de n’avoir pas tout donné.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

1996. Quand le Burundi, grâce à Vénuste Niyongabo, remporte sa 1ère médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Atlanta. Ecouter « Burundi Bwacu » retentir au stade olympique du centenaire, c’était énorme !

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

L’intégration du Burundi dans la Communauté Est Africaine, en 2007. Une chance pour un peuple de 12 millions d’habitants de rejoindre facilement un marché de plus de 160 millions d’individus.

La plus terrible ?

Toute date noire qui a endeuillé chaque humain vivant au Burundi.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Enfant, je rêvais d’être pilote. A l’école secondaire, vu que mes notes en mathématiques, biologie et chimie étaient plutôt très bonnes, j’ai contemplé l’idée de devenir médecin, surtout chirurgien. Mais une fois à l’Université, j’ai été mordu par la Finance et les études sur le Développement International.

Jeune et Directeur pays d’une Organisation régionale. Quel effet ça fait ?

Depuis le début de mon parcours professionnel, on m’a toujours confié des tâches d’une certaine responsabilité. Et ce, dès mon jeune âge, j’aime bosser, on me dit quelques fois que j’ai ce mélange de fonceur et de réservé. Mais en gros, je pense qu’avant d’être qui l’on est au travail, on est avant tout une personne, un individu. Chaque matin, en tant que Christian Nibasumba, je me lève avec cette envie de vouloir faire mieux, de donner encore plus, et ce dans tous les aspects de la vie (inclus ma vie personnelle- car je suis aussi époux et père de trois enfants)

Vous vous dites ambitieux. Le goût du travail, pour quelqu’un né en ville, ce n’est pas donné à tout le monde. De qui la tenez-vous cette qualité ?

Effectivement, il y a souvent ces stéréotypes comme quoi grandir en ville est synonyme de fainéantise. Loin de moi cette idée. En ce qui me concerne, c’est un cocktail de plusieurs facteurs. Mes parents étaient certes très stricts envers moi, ils m’ont inculqué ce sens d’être indépendant et assidu au travail. Ensuite, personnellement, j’ai toujours été un homme curieux. J’aime apprendre, découvrir et j’adore un travail bien fait.

Quel est votre passe-temps préféré ?

Les jours impairs, à midi, je fais généralement une heure de pause au Gym et une autre heure pour mon déjeuner. Le soir, en plus des réseaux sociaux comme Twitter, je réserve souvent, une heure pour le journal télévisé de la RTNB pour s’imprégner des événements socio politique du pays. Les weekend, c’est le social, la famille et un bon livre si je tombe dessus !

En termes de passetemps préférés, j’aime faire la natation et le hiking en montagne quand le temps me le permet. J’aime aussi discuter avec plusieurs personnes de divers milieux. C’est fou ce qu’on apprend à chaque conversation. Chaque personne (peu importe le statut social, la nationalité, le métier, etc) m’apprend absolument quelque chose.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Nyanza Lac. La fraîcheur de son Mukeke, au bord des eaux du splendide lac Tanganyika et le côté entrepreneurial des habitants de cette localité. Cela me donne ce sentiment d’évasion du train-train quotidien.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Israël. J’aimerais voir comment ils font pour maintenir le fameux « miracle agricole israélien ».

Votre rêve de bonheur ?

Vu la fierté et la joie ressentie par mon père lorsque le cadet de la famille s’est marié, j’aimerai aussi avoir ce privilège. Qui n’aimerait pas de son vivant, avoir ce sentiment de devoir paternel accompli, c’est-à-dire accompagner ses enfants sur l’autel, ou mieux voir leurs enfants, Inch Allah !

Votre plat préféré ?

Je suis un grand fan de la cuisine burundaise mais j’ai aussi un penchant pour l’art culinaire indien. En termes de plat préféré, je raffole des Ilengalenga avec la pâte de manioc ou de maïs.

Votre chanson préférée ?

Je n’ai pas de préférence particulière. Toutefois, je dois admettre que chaque chanson a pour moi un sens particulier selon les circonstances, l’ambiance qui règne dès cet instant.

Quelle radio écoutez-vous ?

Rarement, j’écoute la radio (sauf si je suis en voiture). J’ai tendance plutôt à m’informer plus via les réseaux sociaux, la télévision et je m’abonne pour les briefings journaliers de quelques journaux et magazines (comme Region Week, Jeune Afrique et Le Soir).

Avez- vous une devise?

“Dream Big, Work Hard and Stay Humble!”

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où le président Ndadaye a été élu) ?

J’étais encore très jeune mais je m’en souviens parfaitement, comme si c’était hier. Certes, un grand évènement pour la nation entière (le premier président élu dans un contexte de démocratisation de l’Afrique). Ensuite, la nomination d’une femme comme premier ministre. Tout cela, c’était une première en Afrique.

Selon vous, qui-est ce qui empêche le Burundi de tirer profit de son appartenance à la Communauté de l’Afrique de l’Est ?

Certes, le Burundi est un membre à part entière de la Communauté Est Africaine. Cependant, il y a certains indicateurs socioéconomiques qui démontrent en effet, qu’il n’est pas encore au même niveau que ses voisins en termes d’infrastructures, d’accès aux technologies de l’information ou par rapport à l’harmonisation des procédures de commerce régional. Et cela est dû aux nombreuses années d’instabilité socio-politique.

Le Burundi qui est taxé de mauvais payeur de l’EAC à cause de ses arriérés…

En toute honnêteté, je pense que je ne je suis pas la personne la mieux indiquée pour répondre à cette question.

Bujumbura, capitale économique. Une bonne idée ?

Pourquoi pas ? Séparer la capitale politique/administrative de la capitale économique, cette manière de faire devient de plus en plus une tendance sur le continent africain. (L’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Benin, la Côte d’Ivoire, etc). Le Canada est passé par là. Bref, à mon avis ce n’est pas toujours une mauvaise idée de vouloir diversifier et décentraliser. La question est plutôt sur les mesures accompagnatrices pour transformer cette nouvelle ville en une véritable capitale. Et généralement, cela prend du temps. Les exemples sont légion.

Que faut-il faire pour le décollage économique du Burundi ?

J’aime souvent comparer l’économie d’un pays à un grenier d’une famille (qu’on voit surtout dans le milieu rural). Pour avoir un grenier rempli, il faut une bonne production. Le PND révèle que l’agriculture contribue à hauteur de presque 40% du PIB burundais. Pour que cette agriculture nous ramène encore plus de devises, il faut non seulement la rendre plus industrielle (et moins basé sur la subsistance) et ensuite la diversifier si possible (car de simples aléas climatiques ou une chute des cours sur les marchés internationaux suffisent pour rendre la situation difficile si un pays dépend d’une seule chaîne de valeur ou deux). Et pour y arriver, il faut continuer à promouvoir les investissements directs étrangers car ceux-ci sont générateurs d’emplois et créateurs de revenus. Enfin, le Burundi étant un pays enclavé, il reste impératif de promouvoir le commerce régional, développer le secteur privé.

Votre définition de l’indépendance ?

Pour moi l’indépendance c’est l’autogouvernance. C’est ce privilège d’être autonome, de prendre des décisions sans influence. D’ailleurs l’on dit souvent que l’indépendance précède l’émancipation, n’est-ce pas ?

Votre définition de la démocratie ?

Pour moi, la démocratie c’est aussi cette conscience de redevabilité (accountability), se souvenir que tout est acquis grâce à ce peuple à qui l’on devra rendre des comptes.

Votre définition de la justice ?

La justice pour moi, c’est cette garantie qui donne même aux plus faibles, aux moins avantageux, aux oubliés, aux victimes, cette chance d’avoir un sens de la vie. Il n y a pas plus profond que l’expression Rundi qui dit « Uragatunga Untunganirwe » quand on souhaite du bien a quelqu’un, il est clair que le Murundi ne se focalise pas uniquement sur les biens mais aussi et surtout sur le sens de la justice car la présence de celle-ci rend toute personne éprise de bonne foi, sereine.

Si vous étiez ministre des Finances et de l’Economie quelles seraient vos premières mesures ?

Sans toutefois être exhaustif, quelques mesures seraient :

-Accroître l’assiette fiscale (booster l’informel à rejoindre le formel)
-Encourager de plus en plus les investissements directs (pour cela, il faudrait des études minutieuses afin de savoir quelles mesures immédiates prendre pour inciter l’influx des capitaux)
-Contrôler l’inflation et promouvoir la production
-Améliorer la bonne gouvernance (digitalisation des services pour plus de transparence, réduire/éliminer les différentes barrières tarifaires et non tarifaires encourues par le secteur privé, etc.)

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui J’y crois. Mais, vu la rareté des ressources sur une planète de presque 8 milliards de têtes, il serait naïf de croire à la bonté de tout un chacun. Hélas, le combat pour les ressources de plus en plus rares, fait que naissent la jalousie, la haine, les coups bas dans les relations humaines. C’est la vie, comme dirait l’autre. It is what it is !

Pensez-vous à la mort ?

Oui, des fois. Pour ainsi dire, je ne m’y attarde pas. La mort, étant une étape obligée de cette belle aventure qu’est la vie, je m’évertue plutôt à donner le meilleur de moi-même afin de léguer de bons souvenirs à la postérité.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Quelle belle aventure. Merci pour tout !

Propos recueillis par Hervé Mugisha

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Bio express

Né et grandi à Bujumbura, Christian Nibasumba a fait son cursus primaire secondaire à l’Ecole Indépendante de Bujumbura. En 2008, il décroche sa licence en Gestion & Administration des Entreprises de la Uganda Martyrs University. Après une maîtrise MBA obtenue à l’Université Américaine de Nairobi (United States International Université), M. Nibasumba a aussi parfait ses études à la prestigieuse Harvard Kennedy School des USA, notamment le programme d’« Executive Education » sur la croissance économique. Avant de travailler pour Trade Mark East Africa (TMEA) comme Représentant Pays au Burundi (poste qu’il occupe depuis avril 2019), Christian fut successivement conseiller régional Afrique en Inclusion Economique à l’ONG Britannique Christian Aid, Chargé des Subventions de la Section Diplomatie Publique au sein de l’Ambassade des Etats Unis à Bujumbura, et Directeur adjoint du Burundi Business Incubator(BBIN). Marié, il est père de trois filles.

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